Gel avril 2022 : des températures records mais des agriculteurs préparés

Avr 13, 2022 | Gel, Météo agricole

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Du 1er au 5 avril dernier, un épisode de gel a frappé la France, suivi par un second épisode de gel du 9 au 11 avril.

Peut-être aviez-vous suivi les cartes de prévisions du risque de gel réalisées grâce à notre outil WeeFrost, présentées par Emmanuel Buisson, notre expert météo dans cet article et sur nos réseaux sociaux.

Cette année encore les agriculteurs ont redoublé d’effort pour faire face au gel et protéger leurs vergers et vignobles. 

Il est temps de réaliser un premier bilan :

  • Que s’est-il réellement passé pendant ces gelées  dans les vignobles et les vergers Français ?
  • Quels types de gel ont été décelés ?
  • Quelles sont les conséquences de ces gelées printanières sur les cultures ? 

On vous dit tout 👇

Arrivée du gel par advection dès les premiers jours d’avril

Dès la nuit du vendredi 1er avril, de grosses masses d’air polaires ont amené des températures négatives sur une grande partie de la France. Des conditions propices pour l’arrivée du gel par advection. 

La zone anticyclonique de la Scandinavie a ramené l’air froid polaire sur l’Europe de l’Ouest dans un fort flux nord-nord-est, en premier lieu sur l’Est de la France. 

L’arrivée d’un front chaud par l’ouest a même déclenché des épisodes neigeux en France.

Les températures négatives allant jusqu’à -2°C ont été observés samedi 2 avril au matin, sur la plupart des régions françaises.

Comme ici en région Provence-Alpes-Côte d’Azur 👉.

Le vent fort et le mistral ont néanmoins protégé la vallée du Rhône, le pourtour méditerranéen et le Sud-Ouest qui sont restés dans des températures positives.

Au fur et à mesure que le week-end s’est installé, l’épisode de gel s’est intensifié toujours sous influence de cette grande masse d’air polaire, et le gel s’est étendu dimanche matin à l’ensemble de la France avec des températures qui ont atteint -5°C dans les régions viticoles et arboricoles.

Seuls le pourtour méditerranéen et la vallée du Rhône ont été épargnés.

Le gel par advection : qu’est-ce que c’est ?

Il est provoqué par le déplacement de masses d’air froid à travers le globe. Une masse d’air, c’est un volume d’air avec une température et une hygrométrie uniformes sur le plan horizontal.

En général, les masses d’air peuvent s’étendre sur plusieurs centaines voire milliers de kilomètres. Une masse d’air se forme lorsque l’air stagne, en l’absence de vents forts, suffisamment longtemps au-dessus d’une surface homogène. Lorsqu’il passe au-dessus d’une surface, l’air lui emprunte en effet certaines caractéristiques.

Par exemple, si une masse d’air passe au-dessus de la mer, l’évaporation va rendre l’air plus chargé en humidité.

De même, si une masse d’air passe au-dessus d’une surface froide, comme les zones polaires, l’air va se refroidir. Lorsqu’elle arrive dans une région où l’air est plus chaud, la masse d’air froid, plus lourde, va se glisser sous l’air chaud, ce qui provoque une chute rapide des températures.

Au contraire, l’air chaud, plus léger, s’élève dans l’atmosphère. On assiste donc – là encore – à une inversion des températures.

Un gel radiatif s’installe dès la fin du premier week-end d’avril : la lutte continue.

Dans cet air froid polaire, des journées ensoleillées et dégagées ont fait place au gel radiatif à partir de dimanche 3 avril.

Toutes les conditions étaient réunies pour un gel radiatif :

  • Grand soleil avec peu de nuages 🌞
  • Air froid déjà présent depuis quelques jours ❄
  • Peu de vent 🍃

Ces conditions ont accentué l’effet de refroidissement nocturne et ont amené dans la nuit de dimanche 3 avril à lundi 4 avril, des températures très basses pour la saison (dont des records mensuels), avec localement des valeurs pouvant atteindre -6°C / -7°C du fait de la topographie et de phénomènes micro météorologiques aggravant (fond de vallon, vent catabatique, environnement humide).

Ces températures très basses pour un mois d’avril sont d’ailleurs les températures les plus froides enregistrées depuis 1947, selon Météo France. ❄❄

La carte ci-dessous récapitule les températures minimales sous abri enregistrées entre le 1er et le 5 avril 2022 par les stations de Météo France, lors des premières gelées printanières.

Attention : Cette carte générée par la technologie Météo Vision, utilise des moyennes de températures minimales au km², sous abri. Elle ne prend pas en compte les spécificités topographiques, ni la température humide ressentie par le bourgeon. 

Dans la journée de lundi 4 avril, un front chaud est rentré par le Nord-Ouest amenant de la douceur pour les régions au Nord de la Loire.

Les conditions de gel radiatif ont perduré dans les régions Aquitaine, le Sud-Ouest, Massif Central et l’arrière pays varois, amenant encore des températures négatives jusqu’à mardi 5 avril au matin.

Les températures ont remontées progressivement, mettant fin à l’épisode de gel le mardi 5 avril. 

Après plusieurs nuits agitées, les agriculteurs ont commencé à souffler et se reposer.

Nouvel épisode de gel le second week-end d’avril : moins intense et plus court que le précédent

 

Le mois d’avril n’est pas de tout repos pour les agriculteurs.

La France a connu un nouvel épisode de gel radiatif quelques jours plus tard, les 9 et 10 avril.

Un flux d’air froid polaire, moins intense que la semaine précédente, s’est progressivement installé le 9 avril, amenant des températures de plus en plus froides sur un grand quart Nord-Est de la France et au Nord de la Loire.

Toujours dans un air froid et anticyclonique, la nuit de samedi 9 avril à dimanche 10 avril, a été caractérisée par un refroidissement nocturne important donnant lieu à des températures négatives allant jusqu’à -3°C sur les régions de la Champagne, l’Est, la Bourgogne, le Centre Val de Loire, et plus localement dans certaines zones du Val de Loire et du Sud-Ouest (Dordogne, Libournais, etc.).

Le gel radiatif : qu’est-ce que c’est ?

Il s’agit du type de gel le plus fréquent.

Pendant la journée, les rayons du soleil chauffent le sol, et ce dernier retient une partie de la chaleur. Puis, une fois la nuit tombée, le sol libère l’énergie accumulée sous la forme de rayonnement infrarouge. On parle de rayonnement thermique (RT).

Le rayonnement thermique est ensuite en partie réfléchi vers le sol au contact de la vapeur d’eau contenue dans l’atmosphère. C’est ce qu’on appelle le rayonnement atmosphérique (RA). Plus il y a de vapeur d’eau (brouillard, nuages bas…), plus le rayonnement atmosphérique sera élevé, et moins la perte d’énergie sera importante.

En revanche, lorsque le ciel est dégagé, comme nous avons pu le voir le weekend du 2-3 avril, les rayons infrarouges ne se heurtent à presque aucun obstacle et s’échappent dans l’atmosphère.

Dans ce cas de figure, le sol se refroidit plus rapidement que l’air ambiant. On assiste alors à une inversion des températures. L’air froid, plus dense, stagne au niveau du sol. La température augmente ensuite jusqu’à une dizaine de mètres de hauteur. Puis, au-delà du plafond d’inversion, elle recommence à décroître avec l’altitude (en moyenne 0,6°C/100 m). 

Quelles sont les conséquences du gel sur les cultures cette année ?

Beaucoup de moyens de lutte ont été déployés pour contrer cette vague de froid et les gelées blanches qui en ont résulté. 

Les régions du Val de Loire, de la Gironde et du Sud-Ouest sont particulièrement impactées avec un état végétatif des vergers et vignobles plus ou moins avancé.

Les deux épisodes de gel ont chacun impacté le développement cultural. Même si l’intensité du second épisode a été moindre que celui des premiers jours d’avril, l’impact reste tout aussi important sur les cultures déjà touchées suivant leur état végétatif.

Des agriculteurs mieux préparés 

Tout le monde se souvient du gel d’avril 2021. Personne n’a voulu reproduire le même schéma.

Un grand nombre d’agriculteurs ont renforcé leurs moyens de lutte et investi dans des outils leur permettant d’être alertés au bon moment des baisses de températures.

L’impact du gel sur la viticulture

En comparaison avec l’épisode de gel de l’année dernière, la vigne n’avait pas débourré dans toutes les régions, ce qui explique des dégâts en viticulture plutôt disparates.

Mais nous avons constaté sur le terrain, un impact du gel sur les cépages dits précoces comme le chardonnay ou le merlot.

Même si cet épisode de gel a impacté les zones viticoles comme la gironde ou le centre val de Loire, les viticulteurs ayant mis en place des moyens de lutte restent confiants car le second bourgeon pourra prendre le relais sur ceux ayant brulé le premier weekend d’avril.

L’heure est donc à l’inspection de chaque cep de vigne pour évaluer plus précisément l’envergure des dégâts du gel. 

L’impact du gel pour l’arboriculture

L’arboriculture ne connaitra malheureusement pas le même sort que la viticulture. 

Les arbres à noyaux (comme les abricotiers, pruniers, cerisiers, pêchers) étaient déjà sortis de leur dormance hivernale dû aux températures très douces de fin mars, ce qui a impliqué des dégâts plus considérables pour les vergers, notamment certains coteaux de la vallée du Rhône, la Haute vallée de la Têt (Prades), et la région des Baronnies.

Les poiriers et pommiers connaissent des pertes moins importantes que l’année dernière. Les producteurs restent satisfaits de leur lutte mais surveillent de près leurs vergers qui pourraient faire face à de nouvelles gelées printanières. 

A la fin de l’épisode, le CTIFL a dressé un rapide bilan : après plusieurs nuits avec des températures négatives allant jusqu’à -3,7°C les vergers non protégés n’ont aucune chance.

Le CTIFL préconise donc d’investir dans des moyens de lutte comme l’aspersion, les tours à vent ou encore des capteurs gel.

 Emmanuel Buisson, notre expert météo conclut : 

“Ce type de situation météorologique n’est pas exceptionnel à cette époque de l’année, et nous ne sommes pas à l’abri d’un nouvel épisode de gel d’ici les Saints de Glace à la mi-mai.

 

D’ailleurs, les prévisions saisonnières pour les mois d’avril et de mai laissent malheureusement planer ce doute.”

Actu Sécheresse 2022

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Suivez l’état hydrique des sols et le risque de sécheresse en France avec Emmanuel Buisson et Maxime Zahedi, experts météo et agronomiques de Weenat !

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