Actu Sécheresse 2022

Juin 27, 2022 | Agronomie, Météo agricole, Pilotage de l'irrigation

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Emmanuel Buisson, Directeur Innovation chez Weenat.

Maxime Zahedi, Ingénieur Agronome chez Weenat.

Une vague de chaleur a envahi la France, pendant plus d’une semaine à la mi-juin 2022. Un record de température pour ce mois printanier, qui inquiète grandement les climatologues.

Mais alors, pourquoi avons-nous connu cette canicule exceptionnelle pour un mois de juin ?

Emmanuel Buisson, expert météo Weenat revient sur ce phénomène météo :  

Une goutte froide s’est positionnée la semaine dernière à l’ouest du Portugal, proche de Lisbonne sur la carte de Ventusky.

Aussi appelée plus communément une dépression, la goutte froide s’est immobilisée au large des côtes du Portugal ouvrant ainsi un passage pour les masses d’air venant du continent africain via la péninsule ibérique. Ces vents chauds et forts sont donc remontés vers l’Europe.

La dépression a donc servi de pompe à chaleur d’un air venant du Sahara et a permis son établissement premièrement en Espagne puis son installation pendant quelques jours sur la façade atlantique française formant ainsi une « plume de chaleur ».

Cette plume était clairement visible samedi 18 juin 2022 (de Valence en Espagne jusqu’à la Bretagne), comme le montre les prévisions du modèle ICON sur Ventusky.

A partir du dimanche 19 juin 2022, la goutte froide s’est déplacée vers la côte atlantique française, décalant par la même occasion les vents chauds vers le centre et le Nord Est de la France.

Pendant plus de 6 jours la France a connu des températures dépassant localement les 42°C, comme par exemple :

  • Dans le Minervois, près de Carcassonne, avec des températures montant jusqu’à 42,5°C
  • Ou à Léognan, au Sud de Bordeaux qui a atteint les 43,5°C

Du jamais vu selon Emmanuel Buisson :

« Les températures maximales du mois de juin ont dépassé tous les records. Nous le constatons facilement grâce à cette carte des températures maximales sur la période du 14 juin au 22 juin, ce sont des températures estivales de canicules, alors que nous étions toujours au printemps. »

L’évapotranspiration a aussi atteint des valeurs remarquables durant ces jours de fortes chaleurs et de vents secs et chauds.

 

Par exemple à St Jean de Luz en Nouvelle Aquitaine ou à Doizieu près de Lyon où lETP* est montée jusqu’à 13 mm en une journée seulement !

*(calculé selon la formule de Penman-Monteith)

Olivier, agriculteur au nord-ouest de Chartres*, a constaté une évapotranspiration dépassant les 8 mm en une journée.

Cette forte évapotranspiration (ETP) accompagné de la canicule aurait pu impacter grandement ses cultures de pomme de terre. Il témoigne :

« Je pilote l’irrigation de mes pommes de terre (10 ha de plant et 3,6 ha de consommation). J’utilise des tensiomètres Weenat, installés à 25 cm et 45 cm de profondeur afin d’assurer une bonne alimentation hydrique de mes cultures et éviter un dessèchement du fond de butte, préjudiciable.

Le 14 juin, j’ai regardé en détail les prévisions météo sur l’application Weenat : la canicule annoncée entrainait des ETP très fortes (près de 7 mm vendredi 17 juin et plus de 8 mm samedi 18 juin)

Bien que la tensiométrie de mes capteurs Weenat n’ait pas encore atteint un seuil d’alerte le 16 juin 2022, ces informations m’ont permis d’anticiper mes irrigations, et de protéger ma récolte.

J’ai donc adapté mon irrigation aux conditions météo extrêmes, privilégiant une irrigation nocturne et en avançant un tour d’eau. En effet, les ETP ont été tellement fortes que j’ai dû apporter à nouveau 20 mm d’eau, 4 jours seulement après le précédent, au lieu des 7 jours habituels.  

Si j’avais attendu plus longtemps, mes pommes de terre auraient été stressées en fin de tour d’eau. Malgré la canicule, j’ai pu préserver mes cultures de pomme de terre grâce à des indicateurs précis sur l’humidité de mes sols. »

*Olivier, agriculteur et consultant pour Weenat

Emmanuel Buisson, expert météo Weenat complète les propos d’Olivier :

Grâce à une irrigation plus fréquente, cet agriculteur a su protéger ses plants face à un air très chaud cumulé à une humidité très sèche qui a accéléré l’évapotranspiration et favorisé le déficit de pression de vapeur.

LE SAVIEZ-VOUS ?

Le déficit de pression de vapeur, est la situation dans laquelle l’air est tellement chaud et sec qu’il va aspirer l’eau du sol mais aussi celle du végétal, ce qui peut causer un traumatisme considérable pour la plante. Le déficit de pression de vapeur est l’une des principales forces atmosphériques qui gouverne la transpiration des plantes.

Pourquoi le déficit de pression de vapeur (VPD) est-il important ?

Un VPD élevé accélère l’évaporation des sols humides, favorisant ainsi l’assèchement du sol, mais aussi le réchauffement des surfaces terrestres. Il génère un gros stress hydrique sur les plantes.

Bien qu’elles soient irriguées, les cultures agricoles ou forestières peuvent complètement s’assécher si elles sont sujettes à ce déficit de pression de vapeur.

Les conséquences agro-météo de cette vague de chaleur

« Les masses d’air froid et les masses d’air chaud ne font jamais bon ménage précise Emmanuel Buisson.

C’est le combo parfait pour réaliser un cocktail explosif d’orage, de grêle et de vents forts. »

C’est exactement ce qui est arrivé, avec des grêlons dépassant les 6-8 cm, détruisant par la même occasion de nombreuses cultures comme en Dordogne, ou dans le Bordelais.

De fortes pluies et orages ont aussi été enregistrés apportant une quantité importante d’eau sur un sol très sec, favorisant le ruissellement de l’eau vers les fleuves et rivières.

Selon Maxime Zahedi, expert agronome Weenat :

“Ces orages ne suffisent pas pour réhydrater les sols déjà bien secs. Ces pluies abondantes dans un laps de temps très court ne sont malheureusement pas efficaces.

En effet une grande partie a ruisselé ou drainé en profondeur et n’a pas pu être stocké dans le sol. Cette canicule accélère la sécheresse des sols en France et continue de contribuer au déficit hydrique des sols et des nappes phréatiques.

On se donne donc rendez-vous dans quelques jours sur cette page pour en savoir plus sur les prévisions estivales ou inscrivez-vous à notre newsletter “actu sécheresse”. 👇

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Après un hiver sec, des températures quasi estivales enregistrées au cours du mois de mai et de violents orages les premiers jours de juin, le déficit hydrique des sols se creuse notamment dans le Sud-Est de la France.

Que s’est-il passé les dernières semaines ? (analyse agro-météo du 7 juin 2022)

Le mois de mai a été très contrasté avec une vague de chaleur exceptionnelle, faisant de mai 2022 le plus chaud et le plus sec jamais observé.

Avec une moyenne mensuelle à l’échelle France de 17,8°C, record de mai 2011 battu, cela place le printemps 2022 au 3ème rang des printemps les plus chauds depuis le XX° siècle.

Plusieurs records de températures ont été battus localement, par exemple : 

📍 34,6°C à Montélimar

📍 35,4°C à Albi

📍 33,4°C à Toulouse

Une évapotranspiration du sol (ETP) supérieure de 30%

💦 Une évapotranspiration (ETP) supérieure de 30% en moyenne à l’échelle du territoire, avec des régions déjà sous tension comme le sud-ouest, le centre et le pourtour méditerranéen. Ce qui a favorisé l’indisponibilité en eau dans les sols. 

📍 La ville de Valence (26) et la ville de Cerbère au sud de Perpignan (66) connaissent un cumul d’ETP record avec plus de 230 mm entre le 1er mai et le 5 juin 2022.

Maxime Zahedi, expert agronome chez Weenat résume la situation agricole : 

“L’impact sur les céréales d’hiver, dont le blé, sera probablement important sur les régions déjà touchées par la sécheresse de l’hiver

En parallèle, la France connait un déficit hydrique important du fait d’un hiver très sec (on vous en avait parlé dans notre premier baromètre agro-météo).”

Une pluviométrie toujours déficitaire

☔ Le cumul de pluie depuis le 1er mai représenté par la cartographie ci-dessous, montre encore une fois que la mois de mai a été très contrasté. Aucune pluie n’a été recensée durant plus de 20 jours sur la France entière, seuls quelques orages localisés ont été répertoriés pendant cette période.

📍 Dans la région de la Vallée du Rhône, notamment autour de Béziers (34), ou autour d’Alès (30) le cumul de pluie n’atteint même pas 1mm en plus d’un mois.

📍 La ville de Versaugues en Bourgogne-France-Comté (71) a connu quant à elle, de nombreux orages atteignant un cumul de pluviométrie de plus de 230 mm, soit plus de 2,5 fois plus en comparaison avec les valeurs de normales saisonnières.

A noter : la venue d’une goutte froide en Méditerranée la semaine dernière a amené de la pluie sur la région PACA, par contre aucune pluie sur l’Occitanie qui connait donc une sécheresse de plus en plus importante, le déficit hydrique dépassant 80% dans le Gard par exemple.

 

Il est vrai que les premiers jours de juin ont amené des cumuls de pluies significatifs avec des orages très violents, et également des grêlons de taille importante, qui malheureusement n’ont eu que peu d’efficacité pour améliorer l’état hydrique des sols.

Comme nous pouvons le remarquer en rouge foncé au centre de la carte, la région du Puy de Dôme et de l’Allier ont particulièrement été touchées par des grêlons allant jusqu’à 8,5 cm de diamètre.

Ces fortes pluies et grêlons ont fini leur course sur des sols très secs. La couche superficielle du sol s’est ainsi retrouvée en excès d’eau, favorisant les ruissellements, tandis que les couches plus profondes sont restées au sec.

Il est encore trop tôt pour bien mesurer la part que la végétation et les cultures auront pu prendre pour se recharger.

 

Les prévisions pour l’été 2022 ?

Les projections pour cet été restent incertaines du fait d’un retour possible de l’anomalie de température de surface de la mer dans le Pacifique, appelée La Niña.

Ce phénomène météorologique est, statistiquement, propice à un été sec mais instablece qui signifie de nombreux orages en France comme ceux que nous venons de défier. Si vous souhaitez découvrir les impacts planétaires du phénomène de la Niña, cet article ici ou encore celui-là l’expliquent très bien.

Emmanuel Buisson, expert météo Weenat précise : 

“Les prévisions météo sont encore instables. Les modèles saisonniers prédisaient jusqu’en avril, un été sec et orageux, conséquence directe d’un affaiblissement du phénomène de La Niña.

Ils pourraient finalement s’orienter vers un été plus doux et plus pluvieux dès l’actualisation des prochaines prévisions, résultat de l’amplification de la Niña, observée depuis mi-mai. L’été 2022 pourrait être alors semblable à celui de 2021.”

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Quels apports en eau devez-vous fournir pour optimiser vos rendements ? Réponses dans cet article.

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Bilan ? Une météo complètement hors norme, et des conditions difficiles pour les cultures.

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