Opinion | Sécheresse : face au manque d’eau, l’agriculture va devoir s’adapter

Juin 17, 2022 | Agronomie, Agtech, Météo agricole

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par Jérôme Le Roy,
fondateur de Weenat

Les sécheresses n’ont rien de nouveau. Mais à mesure que le climat se dérègle, elles deviennent plus fréquentes, et plus précoces. Pour les agriculteurs, c’est un défi sans précédent. Et sans aide pour accélérer la transition des 389 000 exploitations françaises vers des modes de production moins gourmands en eau, c’est tout un secteur qui pourrait se retrouver à sec.

La France manque d’eau. Depuis le début de l’année, le déficit de pluie atteint 40% sur le territoire national, selon Météo France. Bilan, plus de deux tiers des surfaces sont en situation de stress hydrique et 36 départements ont dépassé le seuil d’alerte sécheresse. Tout cela avant même le début de l’été.

La situation est d’autant plus préoccupante qu’elle touche des régions jusqu’à présent relativement préservées, comme les Pays-de-Loire ou la Bretagne, toutes deux en situation d’alerte dès le mois de mai. Du jamais vu.

Cette sécheresse n’est pas un cas isolé : sur les cinq dernières années, la France en a connu quatre. Mais les épisodes climatiques extrêmes détiennent chaque fois plus intenses et plus fréquents.

Or avec environ 70% de la consommation mondiale d’eau douce, l’agriculture est souvent pointée du doigt comme l’une des principales responsable de la sécheresse. Toutefois, c’est oublier qu’elle en est aussi la première victime. Car sans eau, pas d’agriculture. Et de plus en plus souvent, les agriculteurs se retrouvent face à ce dilemme : préserver l’eau ou sécuriser leur récolte.

Résilience agronomique

C’est une situation qui n’est pas soutenable. Et ça, nos agriculteurs l’ont bien compris. Alors face à la sécheresse, les pratiques agronomiques évoluent sans cesse, preuve de la résilience du secteur

Certains avancent leurs dates de semis de 15 jours pour que les cultures puissent terminer leur cycle avant les fortes chaleurs. D’autres misent sur l’enherbement afin de limiter l’érosion des sols, ou sur la sélection variétale pour privilégier des espèces plus tolérantes à la sécheresse.

En parallèle, des solutions techniques émergent pour résoudre le casse-tête de l’agriculture moderne. Grâce à certains biostimulants, comme les phytostérols, il devient par exemple possible de booster la résistance des cultures face au stress hydrique.

Le numérique ouvre également de nouveaux horizons. De plus en plus d’irrigants sont équipés de capteurs connectés, qui mesurent la quantité d’eau disponible dans le sol. Les exploitants accèdent à ces données en temps réel via des applications mobiles. Ils peuvent ainsi optimiser leurs apports en eau en fonction des besoins réels de la plante, et générer jusqu’à 20% d’économies d’eau à l’échelle de l’exploitation.

Défi collectif

Le problème, c’est que ces nouveaux savoir-faire agronomiques et les innovations technologiques qui les accompagnent sont encore peu répandus. 

Pour les prendre en main, les agriculteurs doivent pouvoir les tester sur le terrain. Et cela prend du temps, car en agriculture, il n’y a qu’une seule saison par an. 

Or le climat, lui, n’attend pas : ce que les scientifiques annonçaient pour dans 10, 20 ou 30 ans est en train de se produire. En ce moment même.

Alors pour accélérer la transformation des exploitations françaises, c’est tout un écosystème qui doit se fédérer à leurs côtés. Car la sécheresse est un défi collectif. Et la réponse que nous y apportons doit l’être également.

Chambres d’agriculture, coopératives agricoles, agro-industriels, fleurons de l’AgriTech, mais aussi départements, communes et consommateurs : tous doivent soutenir la mise en œuvre et la diffusion à grande échelle de solutions et de nouvelles pratiques de gestion de la consommation d’eau en agriculture.

On peut saluer des initiatives comme le Varenne agricole de l’eau et le Plan France 2030 pour une alimentation durable, qui prévoit notamment deux enveloppes de 20 millions d’euros (sur les 2,3 milliards de l’enveloppe globale) pour financer l’achat d’agroéquipements conçus pour optimiser l’irrigation.

Toutefois, pour que le monde agricole ne soit plus l’un des responsables de la sécheresse, ni l’une de ses victimes, mais bien l’une des solutions, il faut aller plus vite et plus loin. Demain il sera trop tard.

Jérôme Le Roy

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