Stress hydrique : 5 techniques utilisées par les agriculteurs pour lutter contre le manque d’eau

Août 23, 2022 | Agronomie, Pilotage de l'irrigation

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Sur le papier, la France ne manque pas d’eau :

➡️ Environ 2 000 milliards de m³ d’eau souterraine.

➡️ Un vaste réseau de nappes phréatiques.

➡️ Et 400 milliards de m³ d’eau de pluie chaque année.

Pourtant, les faits sont là :

Sur les cinq dernières années, la France a connu quatre épisodes de sécheresse. Et 2022 ne fait pas exception à la règle. Au 15 août, 80% du territoire national était en situation de stress hydrique.

La situation est encore plus critique dans le reste du monde. Selon les prévisions du World Resources Institute, 33 pays risquent des pénuries d’eau d’ici 2040. Et le manque d’eau devrait s’accentuer sur plus de 80% des terres cultivées dans le monde.

Pour les agriculteurs de France et d’ailleurs, il s’agit d’un défi technique sans précédent. Car sans eau, pas d’agriculture. Heureusement, il existe des solutions pour protéger votre récolte contre le stress hydrique.

Qu’est-ce que le stress hydrique ?

Les plantes rejettent dans l’atmosphère la quasi-totalité de l’eau qu’elles absorbent. Le principe est le suivant : pour permettre la respiration cellulaire, la plante ouvre ses stomates, c’est-à-dire les pores de ses feuilles. L’eau présente dans les feuilles se retrouve alors au contact de l’air, et s’évapore.

On parle de stress hydrique, ou stress osmotique, lorsque la quantité d’eau transpirée par la plante est supérieure à la quantité d’eau qu’elle absorbe. Si la situation dure trop longtemps, la croissance du végétal sera directement impactée.

Plusieurs paramètres agro-météo peuvent impacter le stress hydrique. :

  • Les fortes chaleurs,
  • La présence de vent,
  • Ou une faible hygrométrie, par exemple, sont autant de facteurs aggravants.
  • L’humidité du sol, 
  • La pluviométrie
  • Et la salinité du milieu jouent également un rôle déterminant.

Comment lutter contre le stress hydrique ?

Il existe plusieurs solutions pour protéger votre récolte contre le stress hydrique. Voici 5 méthodes dont l’efficacité n’est plus à prouver.

1. La sélection variétale

Tous les végétaux ne sont pas égaux face au stress hydrique. En fait, les plantes ont développé plusieurs stratégies pour survivre au manque d’eau :

➡️ L’évitement :

La plante réalise son cycle végétatif en dehors des périodes de sécheresse.

➡️ L’esquive :

La plante développe son système racinaire ou réduit sa transpiration en refermant une partie de ses stomates.

➡️ La tolérance :

Certaines plantes sont naturellement résistantes au stress hydrique et parviennent à préserver leur surface foliaire, même lorsque l’eau se fait rare.

Une partie du travail des instituts de recherche agronomique consiste à identifier les espèces et les variétés les mieux à même de résister au stress hydrique. 

Dans les prairies, certains agriculteurs ont par exemple fait le choix d’implanter davantage de luzerne (Medicago sativa),👉 une plante méditerranéenne qui utilise la stratégie de l’esquive. Ses racines peuvent se développer jusqu’à 4 mètres de profondeur pour puiser l’eau.

Tout comme eux, vous pouvez adapter vos rotations culturales pour booster la résilience de votre exploitation face au stress hydrique.

 

2. Les leviers agronomiques

Sur le plan agronomique, plusieurs bonnes pratiques permettent de réduire la sensibilité des végétaux au stress hydrique, et de conserver l’eau dans les sols.

➡️ Les dates de semis :

c’est souvent durant la phase de floraison que vos cultures sont le plus sensibles au manque d’eau. Et tout stress hydrique prolongé durant cette période risque d’avoir un impact fort sur le nombre de grains

Par contraste, un stress tardif n’impactera que le remplissage des graines, et sera donc moins préjudiciable. Alors pour éviter d’exposer que la période de floraison ne se déroule pendant l’été, lorsque le risque de stress hydrique est élevé, de nombreux agriculteurs font le choix d’avancer leurs dates de semis.

Ces semis précoces sont un levier agronomique simple et efficace pour lutter contre le stress hydrique, comme l’a prouvé un essai réalisé en Moselle (57) par Terres Inovia : un premier semis a été réalisé le 25 février. Le second semis, effectué un mois plus tard, a généré 6 à 10 q/ha de rendement en moins.

➡️ Le désherbage :

Les adventices présentes sur vos parcelles peuvent entrer en concurrence avec la culture en place pour les ressources en eau et en éléments minéraux. A terme, cela peut se traduire par une réduction de la vigueur, voire une baisse du rendement. Pour préserver vos plantes contre le stress hydrique, vous pouvez appliquer des traitements localisés, ou recourir au désherbage mécanique.

 

➡️ Les rotations culturales :

Afin de maximiser la capacité de rétention de vos sols, veillez à diversifier vos rotations culturales, en introduisant par exemple des cultures intermédiaires, ou des couverts associés. Vos sols seront plus riches, mieux structurés, et vos cultures auront de meilleures chances de résister au stress hydrique.

 

3. Les sondes de pilotage de l’irrigation

Pour lutter contre le stress hydrique, il faut d’abord le mesurer. Et les sondes de pilotage de l’irrigation sont l’un des meilleurs outils pour y parvenir.

Concrètement, des capteurs sont installés au plus près de vos cultures, et mesurent la disponibilité en eau des sols en temps réel. Les données sont ensuite transférées vers votre téléphone ou votre ordinateur. Ainsi, vous savez d’un simple coup d’œil si vos plantes ont suffisamment d’eau, et vous pouvez optimiser vos irrigations.

Dans le détail, il existe deux principaux types de sondes pour suivre le risque de stress hydrique sur vos parcelles :

LES SONDES CAPACITIVES

Elles mesurent la teneur en eau volumique, c’est-à-dire la part d’eau contenue dans un volume de sol donné. La valeur est traduite en un pourcentage d’humidité du sol.

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LES SONDES TENSIOMÉTRIQUES

Elles mesurent le potentiel hydrique matriciel, c’est-à-dire la force que doivent exercer les racines pour extraire l’eau du sol. Le résultat est exprimé en kPa. Plus la valeur est élevée, plus la tension est forte, et moins il y a d’eau disponible pour les plantes.

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Toutes deux ont leurs mérites. Toutes deux ont leurs limites. Et toutes deux fonctionnent selon des principes tout à fait différents. Pour faire le bon choix, vous pouvez consulter notre guide sur le pilotage de l’irrigation.

4. Les outils d’aide à la décision

Autre solution : il existe aujourd’hui des outils d’aide à la décision (OAD) capables de modéliser les besoins en eau d’une culture en fonction de paramètres agro-météo comme :

  • La pluviométrie
  • L’évapotranspiration
  • La Réserve Facilement Utilisable (RFU)
  • Et le stade cultural

Ces outils sont appelés des bilans hydriques, et ils permettent de suivre l’état de la réserve en eau de vos sols. Ainsi, vous savez OÙ et QUAND vos plantes ont besoin d’eau. Et vous pouvez lutter efficacement contre le déficit hydrique.

Vous voulez aller toujours plus loin dans la précision ? Weenat a également développé Weedriq, le premier OAD capable de vous indiquer, avec précision, comment l’état hydrique de vos sols va évoluer durant les 7 prochains jours. 

 

5. Les biostimulants

En vue de lutter contre les stress abiotiques, comme le gel, le vent ou la sécheresse, de plus en plus d’agriculteurs s’intéressent aux biostimulants. Ces substances, souvent issues de composés naturels, sont conçues pour booster le développement des plantes, même en conditions difficiles.

Une molécule, en particulier, a permis d’obtenir de premiers résultats encourageants contre le stress hydrique. Il s’agit des phytostérols, une substance qui prépare la plante au manque d’eau. Elle provoque notamment le resserrement des stomates, et stimule la croissance des racines.

 

Pour une agriculture plus résiliente :

Vous l’avez compris, le stress hydrique est un véritable fléau pour l’agriculture. Et les sécheresses risquent de devenir plus fréquentes. Mais le manque d’eau n’a rien d’une fatalité. Et comme on l’a vu, des solutions existent pour y faire face.

➡️ Vous pouvez optimiser la gestion des ressources en eau : sondes de pilotage, outils d’aide à la décision, bonnes pratiques agronomiques…

 ➡️ Ou utiliser des techniques pour améliorer la résistance des cultures : sélection variétale, biostimulants…

La stratégie la plus efficace consiste à combiner plusieurs méthodes ainsi vous obtiendrez les meilleurs résultats possibles.

Libre à vous de choisir celles qui correspondent le mieux aux besoins de votre exploitation. Mais n’attendez pas la prochaine sécheresse pour agir. 

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